“robot aspirateur” ou “aspirateur à roulette” ?

laumondEntretien avec Jean-Paul Laumond

(réalisé par Serge Abiteboul et Gilles Dowek)

partie 1partie 2

Jean-Paul Laumond est directeur de recherche au LAAS-CNRS à Toulouse. Il a occupé une Chaire du Collège de France de 2011 à 2012, “Robotique : champs scientifiques et diffusions technologiques”. Il raconte son parcours et sa découverte de la robotique. Il montre les liens et les tensions entre la démarche scientifique, où la généralité des solutions prime, et la démarche technique, où toutes les solutions sont bonnes. […] La robotique, territoire en pleine mutation, est aussi un lieu privilégié pour interroger les liens de l’informatique avec les mathématiques, la physique et la mécanique. La richesse de l’informatique, sa beauté, est aussi dans dans la complexité de ces rapports avec les autres sciences.

[…] La robotique se définit de manière synthétique comme l’étude des rapports que peut entretenir une machine avec le monde réel, une machine qui agit, et qui agit par le mouvement. Le mouvement est absolument central. Un robot est une machine qui bouge et qui est commandée par un ordinateur. Ce qui distingue le robot de l’automate, c’est qu’un robot n’est pas commandé par des cames, aussi subtiles soient-elles. Il y a une transformation, un traitement de l’information, qui met en rapport l’espace sensoriel et l’espace moteur. La fonction sensorimotrice — la rétroaction diraient les automaticiens — est fondamentale. Elle est d’ailleurs l’apanage du vivant : une laitue bouge et croît par photosynthèse ; un guépard repère sa proie et la poursuit en la maintenant dans son champ de vision. En robotique, cette boucle sensorimotrice est plus ou moins complexe : elle va de la simple fonction réflexe, où un signal produit directement une commande, à des architectures complexes, comme celles que j’évoquais plus tôt, qui incluent une modélisation et un raisonnement sur l’espace. Ce point de vue n’est bien sûr pas nouveau. Il a déjà été exploré, par exemple, par Poincaré qui établit une forme de triangulation entre l’espace physique, l’espace sensoriel et l’espace moteur. Nous, êtres humains, n’avons accès qu’à l’espace sensoriel et à l’espace moteur. Avec ces deux espaces nous devons reconstruire le réel. La géométrie est l’outil privilégié de cette construction. La question pour le roboticien est de conduire cette construction de manière effective, en utilisant un ordinateur. Ainsi posé, on sent bien poindre une unité.

Pourquoi appelle-t-on un robot aspirateur “robot aspirateur” et non “aspirateur à roulette” ?

roombaParce que le “robot aspirateur” a des capacités d’autonomie. Il est capable de s’adapter à des environnements pour lesquels il n’a pas été programmé explicitement. Il y a de nombreuses choses qui bougent dans nos maisons, mais vous n’avez jamais vu une machine à laver venir toute seule à coté de vous dans le salon. Je dois ici préciser la notion de mouvement. Il y a deux grands types de mouvements. D’un coté le mouvement d’une machine à laver qui tourne autour d’un axe fixe, d’une plante qui ne peut pas se déplacer, d’un robot-peintre sur une chaîne de montage automobile. Ces mouvements sont locaux, en quelque sorte, enracinés. Ils ne mettent en jeu que les variables internes du système. De l’autre, et c’est ce qui distingue l’animal du végétal, il y a les mouvements de déplacement : le guépard doit se déplacer pour se nourrir. Ce n’est pas le cas de la laitue. Pour le moment les seules machines qui bougent automatiquement dans notre quotidien sont sur des rails, horizontaux, comme les trains, verticaux, comme les ascenseurs… Mais qu’un robot se déplace, de manière autonome, c’est-à-dire sans que sa trajectoire ait été explicitement programmée, c’est nouveau. C’est en ce sens que les aspirateurs à roulettes sont bien des robots.

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One thought on ““robot aspirateur” ou “aspirateur à roulette” ?

  1. Encore faut-il réfléchir sur l’option d’aller à la quête de la poussière domaine jusque là de l’aspirateur, que la robotisation rend uniquement, l’utilisation indépendante.
    Emmener la poussière à son, voire ses, points de collecte ne serait-ce pas certainement la piste d’avenir…
    … bien moins coûteuse probablement en recherches et mise en mise en ouvres …

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